Stephen Dock - Tout autour
Tout autour
Des visages. Des outils. L’association est puissante, car elle évoque toute l’histoire industrielle. Et plus encore, ces images en particulier, dans leur succession, font surgir la dimension collective de cette histoire. Les hommes qui posent ici sont indissociables les uns des autres. Au fond de la mine, dans les hauts fourneaux, le long de la chaîne, ils sont comme les boulons de cette machine : chacun indispensable pour que l’ensemble fonctionne. Et tout cela pour l’or ocre : le minerai de fer.
Le sujet est posé, mais que peut-on dire de plus sur cette histoire ? Que peut-on donner à voir qui n’ait pas déjà été considéré, commenté, étudié ? Car le récit de cette histoire industrielle a déjà été fait, et les sites patrimoniaux en conservent la mémoire. Stephen Dock souhaite ici faire un pas de côté par rapport à ce récit, par rapport à ces manières de raconter un passé devenu légendaire. Le photographe cherche à se placer en marge de ces paysages aux tonalités conquérantes, célébrant la puissance des hommes sur la matière. Il nous invite à regarder Tucquegnieux, Pont-à-Mousson, Neuves-Maison non pas pour ce qu’elles furent à la grande époque, mais pour ce que ces communes, ces villages, ces villes, ces campagnes sont aujourd’hui. A regarder avec lucidité et empathie ces lieux durablement marqués par le passage de cette passion extractiviste. Car finalement, que sont deux siècles au regard de l’histoire de ces territoires habités depuis le paléolithique ? Que sont deux siècles au regard de l’histoire de la Terre ?
Et pourtant tout semble s’être figé en 1979. C’est l’année de l’annonce de la fermeture des usines, de l’amorce d’une lutte qui se soldera par la disparition de la sidérurgie française. Une fêlure s’incarne dans ce bandeau noir qui s’impose tout au long de l’ouvrage, qui scinde les images et vient rompre l’harmonie des panoramas. Si on peut y voir l’incarnation stylisée de la veine de minerai, la ligne marque aussi le deuil d’une époque révolue. La matérialité du pli au cœur de l’ouvrage ouvre encore la polysémie du geste graphique de Stephen Dock, comme une forme de perte, d’absence dans l’image elle-même. D’impossibilité du dicible ou du visible.
Car Stephen Dock cherche à porter son regard au-delà des évidences, dans les plis du territoire. De Hussigny-Godbrange à Baccarat, des hauts fourneaux aux salines, il tente de dépasser le prisme du monolithe mythique de « l’industrie ». Le photographe arpente le territoire pour observer la manière dont ces réalités ont façonné les sols et les hommes. Il nous propose une déambulation qui nous emmène des entrées de ville aux arrière-cours. Sans pathos ni effets de manche, Stephen Dock ne nous impose pas un format. Les images sont parfois des panoramas, d’autres fois des plans serrés. Parfois en couleurs, parfois légèrement floues. Et jamais spectaculaires. Tout est dans la rigueur du cadrage.
135 pages – 240 x 180 mm
350 exemplaires sur papier Munken Lynx 120g
Dépot légal / Septembre 2025
ISBN : 978-2-492040-24-5
Prix : 20€